Je viens de compléter une première séquence d'enseignement portant sur le choeur. Le premier cours sur une série de dix consacrés au choeur s'attardait à installer les bases de la concentration, de l'écoute, de la direction du regard et du synchronisme nécessaires à la pratique du choeur.
Par des jeux dramatiques, j'ai voulu cibler ces composantes afin de développer des structures ludiques simples qui permettent aux élèves de maîtriser un élément à la fois. Des dispositions dans l'espace ont également été enseignées et me serviront lors des prochaines séances à accélérer le déroulement. Les élèves connaissant déjà les routines seront en mesure d'effectuer les transitions plus rapidement.
Mes difficultés lors de la semaine ont été les suivantes :
Il est difficile de prendre le temps de bien faire les choses. En fait, toute la question de la gestion du temps peut amener à précipiter les exercices, alors qu'il faut plutôt s'attarder à atteindre les objectifs visés par l'exercice. L'enchaînement rapide de plusieurs jeux esquissés sera moins profitable que l'expérience d'un seul exercice bien réalisé. Il faut donc apprendre à sacrifier des éléments du cours selon les besoins exprimés par le groupe.
Aussi, la limite entre le jeu plus enfantin, dénué de réflexion sur sa pratique, et le jeu signifiant, initié par des objectifs clairs, est difficile à cerner. Il faut constamment se rappeler les objectifs du jeu et les communiquer aux élèves ! Il faut, si le jeu dévie de ses objectifs, arrêter le jeu et reprendre en rappelant les buts visés.
J'ai aussi expérimenté certaines difficultés face à la gestion de certains comportements, plus spécifiquement celui d'un certain groupe, dans lequel je ne me suis pas senti respecté. J'ai tenté plusieurs techniques afin d'obtenir le silence et pour conserver la concentration (fermer les lumières, hausser la voix, baisser la voix, utilisation de phrases motivantes, accélérer le rythme, interrompre l'exercice, interventions spécifiques et de groupe, rétroaction sur la période). Certains de ces moyens ont fonctionné brièvement, mais il a fallu interrompre souvent l'exercice et souvent revenir sur les explications parce que manque d'écoute.
Une phrase a été répétée à plusieurs reprises durant la période par les élèves : "Oui, mais nous la 2D (code pour désigner leur groupe), on est pas capable". Il se trouve que le groupe s'est tellement fait tapé sur la tête qu'il en a développé un complexe. Et il accepte cette étiquette qu'on lui a posé. Et il se démotive lui-même, sans l'aide de personne désormais. Le constat d'un échec avant même d'avoir commencé.
Comment, en réunissant des gens sous une même condition, sous une même étiquette, on peut générer un problème qui n'est désormais plus individuel, mais qui devient un problème de groupe, de micro-société.
Comment chaque élève subit dans une classe malaimée la démotivation générale ?
Et tout ça, n'est-ce pas un problème de choeur ?
On a formé d'eux malgré eux un choeur de contrevenants!
On les a mis dans le même panier et on a généralisé un problème qui pourrait en fin de compte n'être que le fruit de quelques-uns.
Je pense faire une intervention de groupe au début du prochain cours. Je pense qu'il faut que les élèves sachent qu'ils peuvent s'ils le souhaitent refuser des étiquettes !
Que les gens qui leur apposent ne sont pas les décideurs et qu'ils peuvent à tout moment prouver le contraire. Et....changer !
Parce que souvent l'univers autour de nous sera réfractaire à notre changement et qu'il faudra se battre pour décrocher ses étiquettes...et les jeter à la poubelle.
Et qu'il n'en tient qu'à nous à générer l'image que l'on veut projeter.