jeudi 24 février 2011

Un obus écrasé sur ma conscience

Enfin le silence. Il ne reste que le tintements de quelques gouttes dans les tuyaux, derrière les murs.
On a déserté. Je suis seul dans ma coquille de vide blanc pré-finie. Le rêve me reprend. La circulation dans mes veines s'anime, sort de l'arrêt forcé. Une respiration saccadée, mes mains agrippent inutilement le rebord d'une table basse pour m'accrocher, mais je tombe, c'est sans remède. Je n'entends plus rien que mon âme qui se fracasse. Y'a que moi pour entendre. 

Et un obus s'écrase sur ma conscience.

J'aimerais pouvoir rêver, mais les rêves que je fais me font peur. Ils sont ce que je crains le plus. Et ils se répètent comme des coups de marteaux assenés sur des fers qui me tiendraient prisonnier, au milieu d'une fosse, à dévorer. Il n'y a plus d'exil possible dans ma rêverie. Je reste éveillé. Je resterai là, au milieu de cette coque blanche qui n'a jamais su naviguer et qui ne saura jamais naviguer. Pris dans l'étau, entre ne pas savoir penser et ne pas pouvoir rêver.

Du bout des doigts tremblants, je glisse sur un rayon de lumière qui se retire tranquillement de la chambre. Il passe à travers la mauvais tenture. Il s'en fiche. Je suis aussi oublié du jour. Bientôt, la pénombre m'ouvrira ses bras, me lancera un sourire immense, qui fendillera aux commissures. 
Et je tremblerai plus encore de ne plus pouvoir dormir.

jeudi 10 février 2011

To be shot

La face sans fond d'un visage à jamais changeant
Fernando Pessoa

J'ai été touché.
C'est la première fois.

Je sens que je me vide, que je suis creux.
J'entends le son du vide dans mon corps presque tiède.

C'est pas la guerre.
C'est juste la vie.
 Mais il s'est passé quelque chose.
Une bombe.

Je suis fracturé.

Je suis en lambeaux, ma chair, mes idées sont en lambeaux.
Je ne comprends plus ce que je fais là.
Je ne me souviens plus pourquoi je suis venu.

Il n'y plus de sol sous mes pieds.
Rien qu'une vase immonde qui sent la mort.

J'ai perdu le goût.
Et ma vue s'en va aussi.
Ne restera que la musique, peut-être, au loin.

Je ne sais plus ce que je suis.
Je ne me connais plus.

Je suis l'écorce de moi-même.
Et ma chair est moisie.

Je regarde autour de moi et ce que je vois n'a plus de couleurs.
Le panorama est égal à la morne existence.
Il a des bleus coupables.

mardi 8 février 2011

Enseigner, c'est ne jamais baisser les bras.

Pour que je sois capable d'enseigner, il me faut un minimum de bien-être. Il faut que j'aie confiance en mes capacités, en mes connaissances, en ma passion pour ma discipline. Il faut que j'aie la foi que cet enseignement peux changer quelque chose autour de moi, que cet enseignement-là peut me changer.  

Dans l'état actuel, je me sens au fond du baril. Je ne me sens pas ou peu pertinent. Je me sens désorganisé, chaotique et déprimé. J'ai l'impression que les gens me regardent en se disant, "mais qu'est-ce qu'il fait là lui ?" Je ne me sens pas à ma place. Je me sens imposteur. J'ai de la difficulté à justifier qu'on me laisse enseigner à la place de quelqu'un qui le ferait mieux, à la place de quelqu'un qui a une connaissance approfondie de la discipline et des élèves. Je ne sais pas ce que je peux leur apporter de particulier. Je ne me connais pas. Je ne me connais plus. 

Quelle est ma personnalité enseignante ? Sans blague, j'ai l'impression de changer de peau comme je change de vêtements. Je n'ai plus de convictions personnelles. Je n'ose plus. Je n'en ai pas la force.

J'ai pensé pendant presque quatre ans à une pratique abstraite, à une pratique déconnectée de la réalité. J'ai idéalisé le milieu de l'école secondaire d'une façon ridicule. Je l'ai imaginé beaucoup plus avancé qu'il ne l'est en réalité. J'ai pensé à des planifications de projets qui visaient des classes à concentrations motivées et performantes. 

Maintenant, suivant mes classes issues d'un milieu somme toute privilégié, je me perds dans la construction de mes cours parce que je dois apprendre à ne saisir que quelques données à la fois, à ne fixer que des objectifs simples, à les expliquer clairement et à produire des activités ludiques s'en inspirant. Ce qui me donne du fil à retordre. 

J'ai de la difficulté à être clair et concis dans mes consignes.  
J'ai de la difficulté à gérer le bouillonnement de l'activité de la classe.
J'ai de la difficulté à expliquer pourquoi on fait telle ou telle activité.
J'ai de la difficulté à intervenir et à demeurer cohérent avec mes interventions...

En bref, j'ai peu de crédibilité auprès des élèves et auprès de ma maître-associée.

Tout cela parce que je manque profondément d'humilité et que je rentre dans un mur.
Il faut que j'apprenne à demander de l'aide. Il faut que j'apprenne à oser. Il faut que j'apprenne à m'assumer dans mon rôle d'enseignant.

Et il faut que j'apprenne à m'intéresser davantage aux élèves.
Il faut que je sois en mesure de tirer parti de ce qu'ils aiment pour réaliser ce que je veux avec eux.  
Il faut que j'aime moins le théâtre et plus l'humain.
Il faut aussi que je cesse de tout prendre personnel.

Il faut que j'accepte l'échec.
Pour ensuite apprendre à réussir.

Envèye, ti-cul, mange tes croûtes.

lundi 7 février 2011

Les convictions persistantes

Comment appliquer de façon égale nos règles de classe, indépendamment de la façon dont on se sent et de la façon dont les élèves agissent ?

Comment trouver l'équilibre juste entre le respect inconditionnel des règles et routines, et le cheminement disciplinaire ?

Comment demeurer passionné et amusé malgré les nombreuses interventions en gestion de classe ?
Comment garder le rythme, malgré l'interruption constante de notre enseignement ?

Je m'interroge...

 

mercredi 2 février 2011

Retour sur une première évaluation en stage

Face à un groupe difficile, il faut donner plus.
Il faut s'intéresser davantage à eux.

Donner une rétroaction positive.
Reconnaître le travail bien fait.
Donner en exemple les élèves qui réalisent l'exercice en respectant les consignes.

En cas de non-respect des consignes, arrêter le jeu.
Il faut se fixer des objectifs atteignables pour chacun des groupes et niveler ses attentes selon leur capacités.
Qu'est-ce que je souhaite obtenir de ce groupe ?

The rollercoaster

Aucune satisfaction permanente. Aucune réussite acquise et scellée dans un coffre. Il faut repenser et remodeler les minutes comme des minutes nouvelles. Actualiser son écoute. Se rendre disponible au produit du moment.

Enseigner, c'est pas un truc de sourd, c'est pas à faire à l'aveuglette. Faut écouter, voir, comprendre... dans un flash. Il faut être lucide comme si notre vie en dépendait.

Et lorsqu'on se relâche, lorsqu'on a perdu une fraction de notre intérêt pour le moment, lorsqu'on a oublié pendant une seconde ce qu'il peut se passer d'extraordinaire, la magie se dérobe. Elle fuit et suinte par les écoutilles. Tout devient froid et banal, académique et terrifiant.

Comment générer ces situations de départ qui aident à faire rêver ?
Comment fasciner l'imaginaire ?

Est-ce toujours possible seulement ?