Pour que je sois capable d'enseigner, il me faut un minimum de bien-être. Il faut que j'aie confiance en mes capacités, en mes connaissances, en ma passion pour ma discipline. Il faut que j'aie la foi que cet enseignement peux changer quelque chose autour de moi, que cet enseignement-là peut me changer.
Dans l'état actuel, je me sens au fond du baril. Je ne me sens pas ou peu pertinent. Je me sens désorganisé, chaotique et déprimé. J'ai l'impression que les gens me regardent en se disant, "mais qu'est-ce qu'il fait là lui ?" Je ne me sens pas à ma place. Je me sens imposteur. J'ai de la difficulté à justifier qu'on me laisse enseigner à la place de quelqu'un qui le ferait mieux, à la place de quelqu'un qui a une connaissance approfondie de la discipline et des élèves. Je ne sais pas ce que je peux leur apporter de particulier. Je ne me connais pas. Je ne me connais plus.
Quelle est ma personnalité enseignante ? Sans blague, j'ai l'impression de changer de peau comme je change de vêtements. Je n'ai plus de convictions personnelles. Je n'ose plus. Je n'en ai pas la force.
J'ai pensé pendant presque quatre ans à une pratique abstraite, à une pratique déconnectée de la réalité. J'ai idéalisé le milieu de l'école secondaire d'une façon ridicule. Je l'ai imaginé beaucoup plus avancé qu'il ne l'est en réalité. J'ai pensé à des planifications de projets qui visaient des classes à concentrations motivées et performantes.
Maintenant, suivant mes classes issues d'un milieu somme toute privilégié, je me perds dans la construction de mes cours parce que je dois apprendre à ne saisir que quelques données à la fois, à ne fixer que des objectifs simples, à les expliquer clairement et à produire des activités ludiques s'en inspirant. Ce qui me donne du fil à retordre.
J'ai de la difficulté à être clair et concis dans mes consignes.
J'ai de la difficulté à gérer le bouillonnement de l'activité de la classe.
J'ai de la difficulté à expliquer pourquoi on fait telle ou telle activité.
J'ai de la difficulté à intervenir et à demeurer cohérent avec mes interventions...
En bref, j'ai peu de crédibilité auprès des élèves et auprès de ma maître-associée.
Tout cela parce que je manque profondément d'humilité et que je rentre dans un mur.
Il faut que j'apprenne à demander de l'aide. Il faut que j'apprenne à oser. Il faut que j'apprenne à m'assumer dans mon rôle d'enseignant.
Et il faut que j'apprenne à m'intéresser davantage aux élèves.
Il faut que je sois en mesure de tirer parti de ce qu'ils aiment pour réaliser ce que je veux avec eux.
Il faut que j'aime moins le théâtre et plus l'humain.
Il faut aussi que je cesse de tout prendre personnel.
Il faut que j'accepte l'échec.
Pour ensuite apprendre à réussir.
Envèye, ti-cul, mange tes croûtes.